Ammoniac vert : Le projet de Tarfaya s’impose comme une alternative au gaz européen selon l’OIES
Le Maroc se positionne de plus en plus comme un fournisseur potentiel d’ammoniac vert pour l’Europe. Dans une étude publiée en août, l’Institut d’Oxford pour les études énergétiques place le scénario de Tarfaya au cœur des hypothèses d’approvisionnement futur du Nord-Ouest européen. Le rapport de l’OIES compare treize chaînes d’approvisionnement complètes entre l’Europe, les États-Unis et le Maroc. Aux conditions actuelles, les cargaisons en provenance des États-Unis restent "l’option au coût le plus bas".
Mais le modèle montre un basculement possible en faveur du Maroc dans le cas d’une flambée exceptionnelle des prix du gaz en Europe. L’enjeu est de taille. Près de 80% de l’ammoniac produit dans le monde est destiné à la fabrication d’engrais. Sa production génère environ 500 millions de tonnes de CO2 par an, soit 1,8% des émissions mondiales. En Europe de l’Ouest, la consommation d’engrais à base d’ammoniac tourne entre 6 et 9 millions de tonnes par an depuis vingt ans. Le continent dispose encore de 28 usines représentant une capacité d’environ 16 millions de tonnes par an.
Mais la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine a fait passer le prix européen de l’ammoniac de 0,30 à 1,20 dollar le kilo, provoquant des fermetures d’usines et une hausse des importations. L’étude de l’OIES s’intéresse plus précisément au projet de Chbika, près de Tarfaya. Le site cumulerait 2,6 GW d’éolien terrestre et 1,2 GW de solaire photovoltaïque, soit 3,8 GW de renouvelables. Avec une production attendue de 200.000 tonnes par an, Chbika fait partie des projets d’ammoniac vert les plus proches géographiquement de l’Europe de l’Ouest. TotalEnergies et Eren figurent parmi les partenaires, avec l’Europe comme marché cible.
L’OIES note toutefois que la plupart des grands projets internationaux, dont celui-ci, n’en sont encore qu’au stade de la planification. Pour comparer, l’institut a retenu une unité électrique de 1 GW à Tarfaya, un calibre proche des grandes usines conventionnelles. Trois scénarios marocains sont analysés : une nouvelle unité alimentée par des renouvelables et exportant de l’ammoniac aujourd’hui, la même à l’horizon 2030, et une variante exportant de l’hydrogène liquide. La distance maritime entre Tarfaya et Rotterdam est estimée à 3.244 km, contre 9.277 km entre Galveston au Texas et Rotterdam, auxquels s’ajoutent 469 km par voie terrestre jusqu’à Ludwigshafen en Allemagne.
Dans le scénario de référence, le Maroc ne dépasse pas encore les États-Unis. Les trois configurations de Tarfaya restent pénalisées par des investissements lourds dans les renouvelables, les électrolyseurs et le stockage. Le solaire et l’éolien représentent entre 51% et 70% de l’investissement et jusqu’à 83% des charges fixes. L’exportation d’hydrogène liquide coûte par ailleurs deux à trois fois plus cher que l’ammoniac en raison des contraintes de liquéfaction et de transport cryogénique.
En revanche, l’écart avec les producteurs européens au gaz naturel se réduit fortement. Selon l’OIES, leurs coûts ne sont que "marginalement moins chers" que ceux des deux solutions marocaines basées sur l’ammoniac vert.


































