Z sans alcool : la génération qui préfère être lucide
Le monde assiste à un changement notable dans les comportements des adolescents et des jeunes de la "Génération Z", ceux nés entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010. Cette génération montre un intérêt nettement plus faible pour la consommation d’alcool par rapport à ses parents et grands-parents. Bien que ce désintérêt puisse à première vue être interprété comme un pas vers un mode de vie plus sain, les données récentes indiquent que la raison profonde de cette évolution ne réside pas uniquement dans une conscience sanitaire. Elle s’explique aussi par des facteurs sociaux, psychologiques et culturels différents.
Les données de l’étude Monitoring the Future, menée par l’Université du Michigan pour évaluer les habitudes des Américains, montrent que le recul de la consommation d’alcool chez les jeunes ne date pas d’hier. Les premiers signes de baisse sont apparus à la fin des années 1990, avant de s’accélérer clairement dans les années 2010. Cet écart se reflète dans les chiffres. En 2024, seuls 41% des élèves de terminale déclaraient avoir consommé de l’alcool, contre 75% en 1997. Une baisse tout aussi marquée a été observée chez les élèves de 4ème et de 2nde.
En analysant les raisons de ce désengagement historique, la chercheuse spécialiste de la Génération Z et autrice de la newsletter The Up and Up, Rachel Janfaza, identifie trois axes principaux : l’évolution des modes de vie sociaux, les pressions économiques et la culture de l’obsession du corps et de l’apparence. La pandémie de Covid-19 et les restrictions qui l’ont accompagnée ont provoqué un bouleversement majeur dans la manière dont les jeunes socialisent. Cette génération a grandi pendant des périodes de confinement qui ont cantonné leur vie sociale au cercle familial, à un âge pourtant crucial pour le développement des relations avec les pairs.
Avec l’essor des réseaux sociaux, les jeunes se sont habitués à construire une zone de confort virtuelle plutôt que de privilégier les rencontres en présentiel. Cela a court-circuité l’expérience sociale traditionnelle où sortir dans les bars ou se réunir physiquement jouait un rôle central. À cette isolation numérique s’ajoute le poids de la "culture du corps et de l’apparence". Les tendances visant l’idéal physique se sont multipliées chez les jeunes, comme le phénomène du looksmaxxing qui pousse à atteindre la meilleure apparence possible.
Parallèlement, le succès des nouveaux médicaments amaigrissants de la famille des GLP-1 comme Wegovy et Mounjaro a relancé avec force la culture de la minceur, au détriment des discours sur le body positive. Ces évolutions ont poussé la nouvelle génération à éviter les boissons alcoolisées et les cocktails très sucrés et caloriques. Pas forcément par amour d’un mode de vie sain, mais plutôt pour éviter la prise de poids et préserver l’image corporelle valorisée sur les réseaux sociaux.



































