Mineurs marocains bloqués à Sebta : Ouahbi pointe le refus de l'Espagne malgré des listes nominatives
Le dossier épineux des mineurs marocains non accompagnés présents à Sebta reste dans l'impasse, malgré les multiples tentatives de Rabat pour le débloquer. C'est ce qu'a affirmé le ministre de la Justice, Abdelatif Ouahbi, dans un entretien accordé à la chaîne allemande DW, en soulignant que plusieurs réunions et négociations ont été menées avec les autorités espagnoles sans pour autant déboucher sur un accord permettant le retour de ces enfants auprès de leurs familles. Interrogé directement sur la question du rapatriement, le ministre a été catégorique : « Les Espagnols refusent de renvoyer les mineurs au Maroc ».
Une déclaration qui met en lumière le blocage persistant d'un dossier à forte charge humanitaire, alors que des dizaines de familles marocaines restent sans nouvelles ou dans l'attente du retour de leurs enfants. Abdelatif Ouahbi a détaillé les complexités qui entourent ce processus, notamment sur le plan de l'identification. Selon lui, les difficultés sont doubles. D'un côté, le Maroc reçoit parfois de la part de l'Espagne des dossiers d'enfants présentés comme marocains et proposés au rapatriement, mais dont les vérifications d'identité révèlent qu'ils ne possèdent pas la nationalité marocaine. « Même les enfants dont on nous a transmis les dossiers dans le cadre de l'expulsion étaient des enfants non marocains », a-t-il précisé.
De l'autre côté, lorsque les autorités marocaines parviennent à identifier avec certitude des mineurs marocains présents sur le territoire espagnol et transmettent des listes nominatives à Madrid en convenant d'une date de remise, la procédure n'aboutit pas. « Quand nous leur donnons une liste de noms d'enfants marocains et fixons une date de livraison, ils ne les amènent pas », a déploré le ministre, ajoutant que la partie espagnole justifie alors ces manquements par l'impossibilité de retrouver les mineurs concernés. Le ministre de la Justice a évoqué des « entraves procédurales » continues qui empêchent la concrétisation des retours.
Il a rappelé que ce dossier est particulièrement sensible en Espagne, où il est soumis à un contrôle judiciaire strict. Contrairement aux procédures de reconduite des migrants majeurs, le rapatriement des mineurs obéit à des garanties légales renforcées, avec une étude au cas par cas et la prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant. Ces déclarations interviennent dans un contexte toujours marqué par les conséquences de la crise migratoire de 2021 à Sebta, qui avait vu l'arrivée de milliers de migrants, dont de nombreux mineurs.
La tentative de rapatriement massif qui avait suivi s'était transformée en une affaire judiciaire retentissante en Espagne, le Tribunal ayant finalement annulé les renvois et imposé le respect des procédures individuelles et des droits des mineurs. Aujourd'hui, entre blocages administratifs, enjeux judiciaires et considérations diplomatiques, le sort des mineurs marocains de Sebta reste en suspens.


































