Tomate et Brexit : Le Maroc triple ses exportations vers le Royaume-Uni en 9 ans et profite du repli de l’Espagne
Le Brexit a redessiné la carte des fournisseurs du Royaume-Uni et le Maroc en est l’un des grands gagnants. Neuf ans après le référendum du 23 juin 2016, le Royaume s’impose comme une destination de plus en plus stratégique pour les fruits et légumes marocains, au détriment de l’Espagne qui dominait historiquement ce marché. Selon le bilan publié le 23 juin 2026 par la Fédération espagnole des associations de producteurs-exportateurs de fruits, légumes, fleurs et plantes vivantes FEPEX, les livraisons marocaines de tomates vers le Royaume-Uni ont atteint 126 203 tonnes en 2025 contre seulement 49 843 tonnes en 2016, soit une progression de 157% en moins d’une décennie.
Sur la même période, les expéditions espagnoles ont chuté de 58%, passant de 137 967 à 57 458 tonnes. Cette inversion des rôles s’est accélérée après le départ effectif du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2021. Cette année-là, le Maroc exportait déjà 110 846 tonnes de tomates vers le marché britannique. Quatre ans plus tard, le volume grimpe à 126 203 tonnes, tandis que l’Espagne voit ses ventes fondre de 70 570 tonnes en 2021 à 57 458 tonnes en 2025. Pour la FEPEX, cette divergence s’explique par le nouveau régime commercial post-Brexit qui a alourdi les coûts et la complexité des exportations pour les opérateurs européens.
Les formalités douanières et sanitaires distinctes du marché unique ont rendu l’accès au Royaume-Uni «plus cher et plus difficile qu’avant» pour les producteurs communautaires, selon la fédération. Dans ce contexte, le Maroc a su capitaliser sur sa proximité géographique, l’ampleur de son offre agricole et des coûts de production plus compétitifs. L’avantage ne se limite pas à la tomate. Sur l’ensemble des fruits et légumes, les importations britanniques en provenance du Maroc ont progressé de 31% entre 2021 et 2025, passant de 249 372 à 327 490 tonnes.
À l’inverse, les exportations espagnoles vers le Royaume-Uni ont reculé de 14,4% sur la même période pour s’établir à 1,3 million de tonnes en 2025. Le Royaume-Uni reste le troisième débouché du secteur horticole espagnol, mais la FEPEX estime que le Brexit a dégradé durablement la position concurrentielle des producteurs européens. Avant 2021, ils bénéficiaient d’un accès sans barrières au marché britannique. Aujourd’hui, ce vide réglementaire a profité aux pays tiers dont le Maroc, dont les produits rivalisent dans des conditions de coûts plus avantageuses.
Pour les producteurs marocains, cette recomposition ouvre une fenêtre d’opportunité durable sur un marché britannique en quête de volumes stables et compétitifs, alors que les exportateurs espagnols doivent désormais composer avec des contraintes qui pèsent sur leur compétitivité-prix.


































